Un cliquetis de métal chaud crépite sous le cadre tubulaire pendant que le bloc moteur évacue ses calories dans la fraîcheur du couchant. Sur les contreforts calcaires de Spello, la poussière calcaire des strade bianche colle à la graisse de chaîne et teinte le bas de pantalon d'un voile ocre. L'Ombrie ne s'offre pas aux adeptes de la vitesse pure : ici, on oublie le ruban d'autoroute pour plonger dans un maillage de chemins de traverse, de dénivelés abrupts et de virages aveugles où le guidon large d'un scrambler dicte la cadence, entre motricité brute et lecture permanente du sol.
De Pérouse au mont Subasio : la morsure de l'aube et l'épreuve d'Assise
Le thermomètre affiche 8°C au départ de Pérouse à 6h30. La cuvette s'éveille noyée dans une brume dense qui transforme les visières en écrans embués. Pour contourner l'ennui de la grand-route SS75, la déviation par la route provinciale SP247 force à grimper immédiatement sur les reliefs. L'asphalte, humide et gras par endroits sous les frondaisons d'oliviers centenaires, exige des relances souples sur le troisième rapport. L'odeur piquante de la terre détrempée se mêle à celle, plus âcre, des feux de sarments qui fument déjà au loin dans les fermes isolées.
À l'approche d'Assise, l'ascension vers le mont Subasio casse le rythme. La chaussée se rétrécit à moins de quatre mètres de large, striée de rigoles et de gravillons projetés par les récentes pluies d'automne. En haut, l'arrivée sur la Piazza del Comune se fait au ralenti, moteur au pas pour ne pas troubler l'écho des cloches franciscaines.
🧭 Repères de route : Quittez Assise par la route panoramique du mont Subasio (direction Collepino). La voie n'est pas balisée sur les navigateurs standards : 18 km de piste gravillonnée carrossable mais jalonnée d'ornières profondes. Vitesse conseillée : 35 km/h max.
🍽️ À la table locale : Fuyez les terrasses du centre d'Assise. À la sortie de Spello, poussez la porte de l'Osteria de’ Valenti : commandez la torta al testo cuite sur la pierre chaude, farcie de saucisse fraîche de porc d'Ombrie et d'erbe campagnole (blettes sauvages sautées à l'ail). Comptez 9 € avec un quart de vin local.
Gorges de la Nera et Valnerina : le piège minéral
Le décor bascule radicalement sitôt franchi le col de Spoleto par la SR209. L'horizon s'enferme brutalement entre deux murailles calcaires verticales : vous entrez dans le Valnerina. La route épouse les méandres de la Nera, rivière tumultueuse dont les embruns glacés s'infiltrent sous le blouson.
Ici, le pilotage réclame une concentration sans faille. L'asphalte est sombre, souvent froid, et les falaises surplombant Ferentillo laissent régulièrement choir des débris de roche au milieu de la trajectoire. Le scrambler trouve son utilité : suspensions à grand débattement pour absorber les raccords de bitume saillants, frein moteur dosé pour inscrire l'avant dans les courbes aveugles sans bloquer l'arrière sur les plaques d'humidité permanente.
Passé les abords saturés de la cascade des Marmore, il faut immédiatement couper vers le nord-est via la SP477 pour s'extirper du trafic et attaquer les contreforts du parc national des Monts Sibyllins.
💡 Le conseil de la rédaction : Entre octobre et mai, la station-service IP située à l'entrée de Ferentillo est le dernier point de ravitaillement fiable en carburant avant la traversée des hauts plateaux. Ne vous engagez jamais vers Castelluccio avec moins d'un demi-réservoir : le froid d'altitude et le vent de face augmentent la consommation de près de 20 %.
Le désert d'altitude de Castelluccio et la halte des collines
À 1 450 mètres d'altitude, le plateau du Piano Grande s'ouvre d'un coup, sans transition forestière. Hors de la période de floraison printanière, la cuvette prend des allures de steppe mongole balayée par des rafales latérales qui désarçonnent la machine à chaque sortie de relief. La route n'est plus qu'une ligne de goudron craquelé coupant un vide absolu, dominée par la silhouette meurtrie de Castelluccio di Norcia.
Pour poser les roues le soir venu, cap à l'ouest vers les coteaux de Montefalco. La géographie s'adoucit à nouveau pour laisser place aux vignobles alignés au cordeau.
| Étape du parcours | Distance / Durée | Profil du terrain | Point de vigilance |
| Pérouse > Spello (via Subasio) | 42 km — 1h30 | Asphalte friable & *strada bianca | Gravillons en épingle aveugle |
| Spello > Ferentillo (SR209) | 58 km — 1h15 | Gorges encaissées, courbes rapides | Zones d'ombre humides, humidité |
| Ferentillo > Piano Grande (SP477) | 64 km — 1h45 | Haute montagne, lacets serrés | Vent latéral violent, bétail libre |
| Castelluccio > Montefalco | 78 km — 1h50 | Moyenne montagne puis coteaux | Chaussée déformée par le gel |
| Montefalco > Orvieto (SS79bis) | 62 km — 1h20 | Successions d'épingles rapides | Trafic agricole dense en fin de jour |
Dans un agriturismo isolé près de Bevagna, l'accueil se fait les mains terreuses et le regard franc. La discussion s'engage autour d'un plat de pâtes fumantes : — « Par la N9 ? Non, les camions coupent les cordes. Prenez plutôt la communale qui longe le Corno demain matin, elle a été rebouchée la semaine dernière », glisse le patron en versant un Sagrantino di Montefalco tannique, presque noir, titrant ses 15°.
Assaut sur le tuf d'Orvieto
La liaison finale s'articule autour de la SS79bis, le long des berges encaissées du lac de Corbara. C'est le tronçon le plus dynamique du périple : un bitume à fort pouvoir d'adhérence qui autorise de l'angle, des enchaînements rapides en appui où la moto balance d'un flanc de pneu à l'autre sans temps mort.
Soudain, au détour d'une crête boisée, Orvieto surgit. La cité étrusque est juchée sur un promontoire de tuf volcanique ocre dont les parois tombent à pic sur la vallée du Paglia. La dernière montée s'effectue dans une lumière rasante de fin de journée qui embrase les sculptures dorées de la façade du Duomo.
Béquille latérale déployée contre le pavé usé par les siècles. Le cuir des gants conserve l'odeur du caoutchouc chaud et des sous-bois mouillés du Valnerina. La poussière blanche incrustée dans les ailettes du moteur continue de fumer doucement tandis que le crépuscule vire au pourpre sur la plaine d'Orvieto.




